SCHEIN (J. H.)


SCHEIN (J. H.)
SCHEIN (J. H.)

À la fois cantor, poète, compositeur, maître de chapelle, latiniste et pédagogue, Johann Hermann Schein – le deuxième des «trois S» de la musique allemande au XVIIe siècle, à côté de Heinrich Schütz, d’un an son aîné, et de Samuel Scheidt, né en 1587 – a vécu moins longtemps que les deux autres musiciens de cette triade. Cependant, malgré sa mort prématurée à l’âge de quarante-quatre ans, au milieu des affres de la guerre de Trente Ans (1618-1648), il a exercé une influence considérable sur la musique allemande par son œuvre vocale profane et par sa musique religieuse, dans laquelle il traite le choral luthérien avec une certaine liberté. Son œuvre se situe dans le cadre de la Prima et de la Secunda Pratica ; elle est à la fois proche du style allemand et de l’esthétique italienne.

Les années de formation

Johann Hermann Schein naît à Grünhain (près d’Annaberg, en Saxe), en 1586; il est le fils d’un pasteur luthérien. Ce dernier meurt en 1593; sa veuve s’installe à Dresde avec ses cinq enfants en 1599. Johann Hermann Schein a treize ans; il est enfant de chœur (Kantoreiknabe ), et chante sous la direction de Rogier Michael (1554 env.-1619), dont il sera aussi l’élève. Il a pour précepteur Andreas Petermann, qui lui enseigne la musica theoretica et practica . En 1603, une bourse du prince Christian II lui permet de s’inscrire à l’université de Leipzig, pour des études de droit; mais il est aussi admis à l’école de Pforta, où il bénéficie d’une formation humaniste et musicale, du 18 mai 1603 au 26 avril 1607. L’année suivante, il étudie le droit et les artes liberales à Leipzig. Dès 1609, il publie sa première œuvre, Venus-Kräntzlein . En 1613, il est précepteur et Hausmusikdirector (directeur de la musique) au château de Weissenfels, chez Gottfried von Wolffersdorff. À partir du 21 mai 1615, il est maître de chapelle à la cour du duc Johann Ernst (Le Jeune), à Weimar.

Le cantor à Saint-Thomas de Leipzig

Le 19 août 1616, Schein succède à Sethus Calvisius (mort le 24 novembre 1615) au poste très envié de cantor de l’église Saint-Thomas de Leipzig, pour laquelle Calvisius avait composé des hymnes et des chorals (pour les services religieux et pour ses élèves). Schein réussit la synthèse entre l’héritage luthérien de la Réforme et de l’humanisme, et entre les idées de la Renaissance et l’esthétique musicale italienne.

Comme Jean-Sébastien Bach, Schein rencontre des difficultés d’organisation et ses charges sont très lourdes. Depuis 1617, les obligations du cantor sont les suivantes: il dispense dix heures de cours de matières scientifiques et quatre heures de cours de musique; il s’occupe, en plus, du chœur des élèves, divisé en chorus primus et chorus secundus (il est secondé par un autre professeur); il assure la musique dans deux églises, Saint-Thomas et Saint-Nicolas, et pour des circonstances particulières (mariages, enterrements, élections au Conseil...).

En 1617, dans son Banchetto Musicale , il s’intitule «Cantor und Musicus zu Leipzig» et, en 1618, dans son recueil Opella nova , «Director Musicus» et «Director musici chori». Depuis Weissenfels, il est lié d’amitié avec Samuel Scheidt, et avec Heinrich Schütz, qui, lors de la mort de Schein, en 1630, composera un motet funèbre.

Schein, qui occupera ses fonctions à Leipzig jusqu’en 1630, a eu de nombreux élèves, parmi lesquels Christoph Schultze (1606-1683), Andreas Unger (Ungar), le cantor de l’église Saint-Wenzel à Naumbourg (sur la Saale), Christian Koch, Daniel Schade... Le 8 novembre 1630, Schütz lui rend visite et compose, à sa demande, le motet à six voix Das ist je gewisslich wahr... («C’est une parole certaine et entièrement digne d’être reçue...») d’après la Première Épître à Timothée, I, 15-17, qui sera publié le 9 janvier 1631 à Dresde, et repris dans la Geistliche Chormusik (1648). Schein meurt le 19 novembre et ses obsèques ont lieu le 21 novembre 1630, en présence de nombreuses personnalités; l’éloge funèbre est prononcé par Wilhelm Avianus, le Rector Academiae Lipsiensis , le sermon allemand par le pasteur de Saint-Nicolas, Johannes Höpner. Le successeur de Schein sera Tobias Michael – le fils de son maître Rogier Michael –, nommé le 26 avril 1631.

Typologie de l’œuvre

Les œuvres profanes et religieuses, publiées à Leipzig (ou dans des recueils collectifs), illustrent la fusion entre l’héritage allemand et l’esthétique italienne; elles sont marquées à la fois par la Réforme luthérienne et par le nouveau style. Le Venus-Kräntzlein (œuvres vocales et instrumentales) de 1609, publié à Wittenberg et contenant des pages vocales et instrumentales, le recueil Cymbalum Sionium (de cinq à douze voix), publié à Leipzig en 1615, et les quinze Cantiones sacrae (motets sur des textes allemands et latins), édités en 1616, se réclament encore de la Prima Pratica, dans le sillage de Sethus Calvisius, de Leonhard Lechner, de Michael Praetorius, mais démontrent déjà la recherche d’un style personnel privilégiant les contrastes, la technique concertante, les effets dramatiques et la traduction musicale figurative des images et des idées du texte. Il en est de même du Banchetto musicale (1617) contenant vingt suites (avec des danses: paduane, gagliarde, allemande...) pour instruments ad libitum («auf allerley Instrumenten» – pour toutes sortes d’instruments – mais de préférence «auf Violen»).

La Secunda Pratica commence dès 1618, avec la première partie de l’œuvre Opella nova , avec la Musica boscareccia (chansons profanes) en 1621, 1626 et 1628, et les Geistliche Concerten (concerts spirituels) à trois, quatre et cinq voix et basse continue, à la manière italienne. Dans ces pages, Schein a adapté – avant Schütz et Scheidt – la technique du concert vocal (pour solistes) aux chorals luthériens allemands; l’héritage de la Réforme rejoint le nouveau style «concertant». La seconde partie (1626) du recueil Opella nova contient également des «concerts» à base de chorals et avec des instruments obligés selon la technique du bicinium et du tricinium (à deux ou trois voix) reprenant la première strophe du choral traité mélismatiquement. Il s’agit de concerts pour petit effectif (compte tenu des difficultés occasionnées par la guerre de Trente Ans, qui bat son plein en 1626): deux sopranos et basse continue; deux sopranos, un ténor et basse continue, avec quelques instruments obligés, ou avec un chœur s’ajoutant aux effectifs précédents. Par le truchement de la musique, Schein se livre à un genre d’exégèse biblique, et propose en quelque sorte des petits sermons en musique sur quelques versets. Pour la composition de la basse continue, il prend modèle sur le Syntagma musicum III de Michael Praetorius.

Schein transpose cette structure sonore du concert spirituel dans le domaine profane, comme dans la Musica boscareccia / 50 Wald-Liederlein Auff Italian-Villannellische Invention (à trois voix) de 1621, 1626 et 1628. Pour mettre en musique des textes qui s’inspirent de la mythologie, de la poésie, de la Renaissance italienne, Schein, musicien et poète, reprend le style homophonique et concertant de la villanelle, et s’appuie sur Adriano Banchieri pour l’exécution. Il exploite l’apport italien dans ses madrigaux spirituels – Israelbrünnlein (1623) – et dans ses madrigaux profanes – Diletti Pastorali , Hirtenlust (1624) – à la manière italienne avec traitement madrigalesque du texte et une recherche de profondeur et d’intériorité dans l’expression. Ces madrigaux spirituels, comparables aux Cantiones sacrae et à la Geistliche Chormusik de Schütz, montrent combien Schein a assimilé le style madrigalesque italien tout en manifestant ses attaches avec les sources bibliques (psaumes, Apocalypse ), sans oublier quelques compositions libres, peut-être sur des textes du musicien.

Apport à l’hymnologie protestante

L’apport de Schein à la musique fonctionnelle protestante est considérable, et reflète la pratique liturgique luthérienne dans les deux églises de Leipzig. La première édition de son Cantional , en 1627, supervisée par Tobias Michael, comprend 286 chorals luthériens; la seconde (posthume), de 1645, en contiendra 313 (dont 235 de quatre à six voix), parmi lesquels 62 sont de Schein (texte, mélodie et harmonisation). Le style a été simplifié, il reste fonctionnel, c’est-à-dire parfaitement adapté au chant des fidèles. Ses harmonisations seront reprises ultérieurement dans de nombreux recueils, pour les différents moments de l’année liturgique.

Schein apparaît comme le plus «italianisant» des «trois S», comme un compositeur prolifique – malgré sa brève existence – au service de la musique vocale concertante, de la musique liturgique luthérienne et de la musique profane et instrumentale. Le cantor de Saint-Thomas, après une brillante carrière, a laissé une œuvre de synthèse entre le style italien et le prébaroque allemand, respectueux des traditions tout en recherchant une ouverture esthétique. Il a donné une impulsion durable au style concertant (par ses concerts spirituels), à la chanson profane et spirituelle, au répertoire de chorals fonctionnels et à la forme de la suite. Son œuvre marque la transition de l’art du motet issu de l’école dite franco-flamande vers la nouvelle esthétique italienne, qu’il a su adapter à la sensibilité de son pays; en ce sens, il apparaît comme le premier musicien «baroque» allemand.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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